Wapiti sauvage dans la forêt boréale du Parc national de Banff

Wapiti sauvage dans la forêt boréale du Parc national de Banff (Ferenc Cegledi, iStockphoto)

Le biome de la forêt boréale/taïga

Parlons sciences
Format
Lisibilité
9.25

Résumé

Renseignez-vous sur l’emplacement géographique, la faune, la flore, les impacts humains et la conservation du biome de la forêt boréale/taïga et rencontrer Anne-Claude Pépin qui est technicienne en gestion du feu.

Les biomes terrestres

Le monde terrestre peut être divisé en secteurs appelés biomes, c’est-à-dire de grandes surfaces de terrain classées selon les plantes et les animaux qu’on y retrouve. Les caractéristiques de chaque biome sont liées à sa température et à la quantité de précipitation reçue. Les plantes et les animaux des biomes sont adaptés à leur environnement particulier.

Un biome est fait de plusieurs écosystèmes. Un écosystème décrit les interactions entre les espèces vivantes et non vivantes dans cet environnement. Alors qu’un biome est la surface géographique dans lequel on retrouve les écosystèmes.

Dans le cadre de ce chapitre, nous avons identifié huit grands biomes terrestres d’après la classification de Whittaker: la forêt tropicale humide, la savane, la prairie, le chaparral, le désert, la forêt tempérée décidue, la forêt boréale ou taïga, et la toundra. Il est intéressant de noter que ce ne sont pas tous les scientifiques qui s’entendent sur le nombre et les types de biomes.

La distribution des grands biomes terrestres

On voit à l'image ci-dessous où sont situés les différents biomes sur la planète. Le Canada en contient quatre : la forêt tempérée décidue, la prairie, la forêt boréale/taïga et la toundra. Un biome se comporte de la même façon, peu importe l’endroit où il se trouve sur Terre. Ainsi, les forêts boréales du Canada ressemblent beaucoup aux forêts boréales de Russie. Les caractéristiques de chaque biome dépendent de son climat, particulièrement de la température et de la quantité de précipitation qu’il reçoit. Dans ce chapitre, nous allons explorer cinq biomes : la forêt tropicale humide, la savane, le désert, la forêt boréale/taïga et la toundra.

Les principaux biomes terrestres
Les principaux biomes terrestres (Parlons sciences adapté de: H.J. de Blij and P.O. Miller. 1996. Physical Geography of the Global Environment. John Wiley, New York. Pp. 290.).

Forêt boréale/taïga

Lieu

La forêt boréale, aussi appelée taïga, couvre environ 11 % de la masse terrestre de la planète, ce qui en fait le plus grand biome terrestre. On la retrouve dans l’hémisphère Nord, environ entre les latitudes 50 o N et 65 o N. Le terme « forêt boréale » représente plus souvent la partie sud du biome tandis que le terme « taïga » caractérise la partie nord du biome, là où il se transforme en toundra (voir la section suivante).

Description

Ce biome est connu pour ses forêts de conifères (arbres à feuillage persistant portant des cônes) et ses nombreux plans d’eau douce (rivières, lacs, tourbières et marais). La fertilité des sols y est faible (peu adaptée à la croissance des plantes), la plupart des nutriments étant situés dans la couche supérieure du sol où se trouve la matière organique. Le sol tend également à être acide en raison de la décomposition des aiguilles des conifères sur le sol. Dans la forêt boréale, les hivers sont froids et les étés relativement chauds, les températures variant de 21 oC l’été à ‑54 oC l’hiver. Le niveau de précipitations est moyen, de 200 à 600 mm par année, et les sécheresses sont relativement rares.

Forêt boréale du nord du Québec
Forêt boréale du nord du Québec (Source : peupleloup [CC BY-SA] via Wikimedia Commons).

Les plantes et les animaux

La végétation de ce biome est adaptée au climat froid et à la faible quantité de nutriments disponible. Cela signifie que plusieurs plantes ont un système racinaire peu profond associé à des champignons mycorhiziens pour tirer le plus de nutriments possible de la matière organique dans le sol. Les forêts boréales du Sud ont un couvert forestier épais formé par les arbres matures, c’est ce qu’on appelle une forêt à couvert fermé. Dans les clairières (espaces ouverts), on trouve des arbustes et des fleurs sauvages.

Le sol de ce type de forêt est principalement occupé par des mousses. Dans les forêts boréales du Nord, les arbres sont plus éloignés les uns des autres. On appelle ces régions les forêts à lichens. Le sol forestier est composé en majeure partie de ces champignons qui vivent en partenariat avec des algues. Les arbres qu’on retrouve le plus souvent dans ce type de biome sont les conifères comme l’épinette, le sapin, la pruche, le mélèze et le pin, ainsi que des arbres à feuilles caduques comme le tremble, le bouleau et le saule. Le mélange d’arbres varie selon la partie du monde où se trouve la forêt. La forêt boréale d’Amérique du Nord est composée principalement d’épinettes, tandis que celle de la taïga de l’est de la Sibérie est essentiellement une grande forêt de mélèzes. Les mélèzes ne se comportent pas comme les autres conifères; ils ne conservent pas leurs épines toute l’année — ils ont des épines caduques. Celles-ci tournent au jaune vif à l’automne puis tombent

Comme la végétation, les animaux de la forêt boréale se sont adaptés au climat froid. Les animaux qu’on retrouve dans les forêts boréales du Canada sont les grands herbivores, comme le caribou (appelé renne hors de l’Amérique du Nord), l’orignal (ou élan d’Amérique), le wapiti et le bison des bois.

Wood bison (wood buffalo)
Un bison des bois dans le parc national Wood Buffalo (le plus grand parc national au Canada) (Source : Ansgar Walk [CC BY-SA] via Wikimedia Commons).

Les grands prédateurs de la forêt boréale sont le lynx du Canada, le loup gris, l’ours noir et l’ours brun. On y trouve également des mammifères plus petits, comme le castor, le raton laveur et le campagnol, ainsi que plusieurs espèces d’oiseaux. Les nombreux plans d’eau douce créent un habitat unique pour plusieurs poissons migrateurs comme le saumon de l’Atlantique nord-américain. Enfin, les forêts, tourbières et marais de ce biome abritent une grande variété d’insectes.

L’impact de l’humain et la conservation

L’humain interagit depuis très longtemps avec les forêts boréales. Nous l’avons appris par l’art. Des peintures et dessins rupestres (dans les cavernes et sur les rochers) datant d’il y a des milliers d’années représentent des hommes qui chassent des animaux de la forêt boréale pour se nourrir..

Rock drawings of humans hunting reindeer
Dessins rupestres d’humains chassant le renne à Alta en Norvège (4000 av. J.-C.) (Source : Jensvins [CC BY-SA] via Wikimedia Commons).

Cependant, l’impact de l’humain sur la forêt boréale était relativement mineur, parce qu’il y faisait trop froid pour s’y établir. 

L’impact de l’humain sur ce biome a commencé à augmenter récemment, avec l’accroissement du nombre de gens qui y vivent. En général, les humains utilisent la forêt boréale comme une source de ressources naturelles. Au départ, l’humain coupait les arbres pour en utiliser le bois et creusait des mines pour exploiter les différents métaux. Plus récemment, on a commencé à chercher et à exploiter le gaz et le pétrole. L’humain est de plus responsable des changements climatiques qui ont d’importantes répercussions sur la population et la diversité des plantes et des animaux vivant dans les forêts boréales. Par exemple, les conditions plus chaudes et plus sèches provoquées par les changements climatiques entraîneront la mort d’un plus grand nombre d’arbres pendant l’été et l’augmentation de la population d’insectes. Cependant, des groupes de conservation, comme Boreal Conservation (en anglais seulement), aident les citoyens à trouver des solutions durables pour assurer la conservation des forêts du Nord.

Pleins feux sur l’innovation

Brûlages dirigés

Dans les zones habitées, le feu peut avoir des effets dévastateurs. Prenons par exemple les feux de friche de Fort McMurray en Alberta qui ont causées des dommages à la faune et monétaire (des millions de dollars) en 2016. Malgré les effets dévastateurs du feu, c’est un agent important qui contribue au développement et à la maintenance de certains écosystèmes (une communauté formée d’êtres vivants et de choses non vivantes et leur relation avec leur environnement). En fait, les incendies jouent un rôle crucial dans les écosystèmes canadiens. Le feu transforme le matériel forestier en décomposition (comme les feuilles mortes) en sol riche en nutriments, ouvre la voûte forestière pour permettre au soleil de se rendre jusqu’aux semis et aux petites plantes, crée de nouveaux habitats pour les insectes, etc. De plus, certains arbres, comme le pin tordu latifolié et le pin gris peuvent uniquement se reproduire après un incendie. Le feu assure la pérennité de certains écosystèmes comme les prairies ouvertes, et peut contribuer au maintien de la biodiversité en créant différents types d’habitats pour la faune.

Les feux de friche ont toujours été éteints dans les parcs canadiens et le sont toujours. Cependant, en raison de leur importance écologique, des groupes de spécialistes ont commencé à faire des brûlages dirigés, qui sont des feux de forêt contrôlés. Pour commencer un brûlage dirigé, les spécialistes des incendies créent des procédures et des conditions spécifiques afin que le brûlage soit efficace et sûr. Par exemple, ils peuvent définir des zones ou des points de repère spécifiques comme limites pour s'assurer que le feu ne dépasse pas l'endroit où il est censé aller. Une fois que les conditions sont réunies, le brûlage peut commencer.

Au Canada, bon nombre des écosystèmes des parcs nationaux sont adaptés au feu, ce qui signifie qu’on fait des brûlages dirigés pour maintenir ou restaurer la santé environnementale du parc et des organismes qui y vivent. Au fil du temps, le feu a un effet régénérateur sur les écosystèmes et peut créer un environnement riche et durable. D’ailleurs, l’historique d’un écosystème peut être déterminer en examinant les effets et les occurrences des feux. Le feu peut faire apparaître des espèces d’animaux et de plantes qu’on ne retrouve pas ailleurs!

A prescribed burn in a pine forest
Un brûlage dirigé dans une forêt de pins (Source : Public domain via Wikimedia Commons).

 

Ma carrière

Anne-Claude Pépin

Technicienne en gestion du feu. Parcs Canada

J’ai grandi près de Québec et j’ai un baccalauréat en foresterie de l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, ainsi qu’une maîtrise en géographie de l’Université Laval. Je travaille au parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

Mon rôle est de planifier les brûlages dirigés. Avec les brûlages, on aide certaines espèces d’arbres à se développer. En effet, certains arbres ont besoin des feux de forêt pour grandir. Eh oui! J’allume des feux pour aider la forêt!

Avant de réaliser un brûlage, il faut se faire un plan très détaillé : c’est le plan de brûlage. Je dois d’abord me rendre dans la forêt pour évaluer le site. J’utilise des photos aériennes, des cartes de la forêt, des cours d’eau et des chemins. Je m’assure de bien connaître le terrain. Quel est le type de végétation? Y a-t-il des falaises, des ruisseaux, des lacs? Je recueille tous ces renseignements pour les inclure dans le plan.

Quand je rédige le plan de brûlage, j’utilise des logiciels spécialisés pour analyser toute l’information prise sur le terrain. Ceux-ci peuvent prédire le comportement du feu. Le feu ne brûle pas de la même façon sur un terrain plat ou dans une pente, dans une forêt de feuillus ou dans une forêt de conifères. J’essaie ensuite d’identifier les meilleurs paramètres météo pour faire le brûlage de façon sécuritaire. Vent, humidité relative, température : je détermine ce qui est idéal pour permettre le brûlage. S’il fait trop chaud, trop sec ou s’il y a trop de vent, ce serait dangereux (et la sécurité, c’est vraiment notre priorité). Si, à l’inverse, c’est trop humide, nous ne pourrons pas allumer le feu.

Le jour du brûlage (ma journée préférée), on met le feu aux endroits qui ont été identifiés dans mon plan de brûlage. On utilise des hélicoptères, qui laissent tomber de petites balles qui prennent feu, et des brûleurs manuels. C’est un travail qui nous garde en forme, car marcher dans la forêt avec du feu au bout d’un brûleur nous oblige à marcher vite! Lorsque la journée se termine, on laisse généralement le feu brûler librement, tout en continuant de le surveiller jusqu’à ce qu’il soit complètement éteint.

Comme vous pouvez le deviner, j’adore ce que je fais à Parcs Canada. Je suis privilégiée de faire un travail qui me procure autant de plaisir et d’émotions fortes. Pour être technicienne en gestion du feu, il faut aimer la diversité, car chaque jour est différent. Il faut aussi aimer le travail d’équipe et le travail à l’extérieur.

Anne-Claude Pépin
Anne-Claude Pépin travaillant sur le terrain (Source: © Parks Canada. Avec permission).

 

Références

Chen, Z. (2013). Boreal Forest and Taiga. In Howarth, R. W., & Mohan, J. E. Biomes and ecosystems (pp. 127-130). Salem Press.

Molles Jr., M.C. & Cahill Jr. J.F. (2015). Ecology: Concepts & Applications. Mcgraw-Hill Ryerson. 

Shipigina, E., & Rees, W. G. (2011). Analysis of human impact on boreal vegetation around Monchegorsk, Kola peninsula, using automated remote sensing technique. Polar Record48(1), 94–106. DOI: 10.1017/s0032247411000556