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Une gagnante du Prix « Bénévole de l’année » lance un programme de mentorat pour les jeunes autochtones

Publié
23 juillet 2020
Type
Actualités

Madeson Todd est fascinée par le cerveau. D’ailleurs, elle vient tout juste de terminer son baccalauréat à l’Université de la Colombie-Britannique (UCB) où elle a étudié les neurosciences comportementales, la neurophysiologie et l’épigénétique. « Mon but est de comprendre les mécanismes et les structures qui déterminent les caractéristiques et les motivations des humains », explique Mme Todd, une étudiante autochtone qui a grandi à Calgary.

Comment et pourquoi les gens pensent-ils et agissent-ils? Qu’est-ce qui explique les choix qu’ils font? Mme Todd s’intéresse à ces questions d’un point de vue académique. Or, au fil de son parcours, elle a remarqué un manque de représentation des peuples autochtones.

« Les communautés autochtones sont significativement sous-représentées en sciences, en technologie, en ingénierie et en mathématiques (STIM) », souligne-t-elle. « C’est en grande partie à cause d’un manque d’activités de sensibilisation et à une méconnaissance des opportunités ».

Mme Todd a donc pris les choses en main et a elle-même créé ces occasions de sensibilisation. En juin dernier, cela lui a valu une place parmi les gagnantes et gagnants 2020 des prix pour bénévoles du programme national de Sensibilisation Parlons sciences. Elle a remporté ce prix pour ses efforts de sensibilisation, notamment en incluant la culture autochtone dans les activités STIM de l’UCB, et en planifiant un programme pilote de mentorat pour les jeunes autochtones.

Bien que le lancement de son programme ait été retardé en raison de la COVID et des fermetures d’écoles, Mme Todd tient toujours à rejoindre les jeunes autochtones de Vancouver, des régions urbaines et rurales de la Colombie-Britannique, et d’ailleurs.

« J’adore les sciences. Partager mon enthousiasme avec de potentiels futurs étudiantes et étudiants et leur montrer des ressources a toujours été une priorité pour moi », raconte Mme Todd. « Dans mes rôles de bénévoles, je vise à encourager les jeunes autochtones à poursuivre des études collégiales et universitaires en STIM après leur secondaire. J’ai la ferme intention de donner le pouvoir d’agir à des élèves, de leur permettre de réaliser qu’ils et elles sont brillantes et brillants, capables, nécessaires et, plus que tout, les bienvenus dans la communauté STIM. »

Mme Todd connaît bien l’importance de recevoir ce type de soutien. Elle-même a participé à un programme de mentorat de l’UCB pour des étudiant/e/s autochtones de premier cycle universitaire qui travaillent en recherche (Undergraduate Aboriginal Research Mentorship Program). Ce programme jumelle des étudiants et des étudiantes, comme Mme Todd, avec des membres de la faculté.

Mme Todd a ainsi décroché deux bourses de recherche du CRSNG, une au Blusson Spinal Cord Centre de Vancouver, et une autre au Alberta Children’s Hospital. Là-bas, elle a travaillé sur la dépression et l’anxiété, plus particulièrement sur certaines structures et fonctions du cerveau dans l’axe HHS – notre système central de réponse au stress.

Le programme de mentorat de l’UCB a aussi permis à Mme Todd d’étudier le développement du langage chez les bébés et de faire un stage d’été dans un centre de recherche sur le cerveau et la cognition à Barcelone. Ces expériences lui ont permis d’enrichir son réseau et de découvrir de nouvelles opportunités. Toutefois, un autre aspect déterminant pour Mme Todd fut : « Ceci a allumé mon intérêt pour la sensibilisation aux STIM, et j’ai poursuivi cette passion comme mentore », confie-t-elle.

Madeson Todd

Inclure la culture

Mme Todd était déterminée à mettre en place des événements pour sensibiliser les jeunes autochtones aux possibilités qui s’offrent à eux en STIM.

Elle s’est donc impliquée dans le programme IndigeSTEAM à l’Université de Calgary, un camp d’une semaine pour jeunes autochtones qui s’intéressent aux STIM. Les activités du camp incluaient l’art et la culture autochtone. Par exemple, les élèves ont fabriqué de la peinture à partir de matériaux bruts, pour mieux en comprendre les processus chimiques en jeu. Ensuite, ils et elles ont conçu et peint des tipis qui ont été présentés aux aînés de leur communauté autochtone.

Mme Todd a aussi donné un coup de main à l’organisation d’un autre événement qui a notamment accueilli John Herrington, ancien astronaute de la NASA et première personne autochtone à voler dans l’espace. M. Herrington a partagé son parcours avec les jeunes autochtones. Les élèves devaient ensuite concevoir une petite machine pour résoudre un problème de la mission Apollo, et ce avec un temps et des ressources limitées.

Mme Todd a également fait partie de la branche UCB d’AISES, un organisme international composé d’étudiants, d’étudiantes et de professionnels, professionnelles autochtones œuvrant en STIM. Le groupe encourage les jeunes autochtones à explorer leurs intérêts pour les STIM.

En 2019, toutes ses activités ont mené la jeune étudiante vers Parlons sciences, plus spécifiquement vers Sarah Woodward du site UCB. Mme Todd lui a présenté son projet de programme où les étudiants et étudiantes autochtones en STIM de l’UCB pourraient mentorer des jeunes autochtones du secondaire. Ces mentors et mentores serviraient de guide pour présenter les programmes en STIM de UCB et les initiatives sur le campus pour les jeunes autochtones, mais aussi pour discuter des enjeux qu’ils et elles vivent en lien avec l’école.

Mme Woodward affirme que, dès le départ, Mme Todd avait une vision claire de ce que serait ce programme, et qu’elle a tout de suite mis en place ses fondations.

« Spontanément, Madeson a contacté divers organismes sur le campus pour obtenir des appuis et des commentaires sur la conception du programme. Elle a notamment parlé à d’importants membres de la communauté autochtone », note Mme Woodward. « Surtout, Madeson a demandé l’avis de son public cible sur le programme qu’elle leur proposait ».

Pour le projet pilote, Mme Todd a recruté des mentors et mentores de l’UCB via la communauté AISES. Elle a aussi recruté deux organismes partenaires : Geering Up, un programme de sensibilisation à l’ingénierie à l’UCB, et STEM Fellowship, un OBNL qui fait appel au mentorat et à l’apprentissage expérientiel.

Le programme de Mme Todd devait se dérouler de mars à juin 2020 pour des élèves de la 8e à la 10e année. Les étudiants mentors et étudiantes mentores de l’UCB devaient visiter les élèves toutes les deux semaines, les plongeant dans des activités pratiques, puis animant de petits groupes de discussions à propos de l’école secondaire et la vie universitaire. Le plan était ensuite d’offrir à ces plus jeunes élèves une visite de l’UCB en juin. On prévoyait des activités de groupes, des présentations de ressources pour les étudiants et étudiantes autochtones et des rencontres avec l’équipe des admissions de l’UCB.

La COVID a bousculé cet échéancier. Selon les politiques scolaires et de la trajectoire de la COVID, Mme Todd espère redémarrer le projet pilote cet automne ou au début de l’année prochaine, que ce soit en personne ou de manière virtuelle. Comme elle sera à Calgary, Mme Todd cherche à recruter une autre personne pour coordonner le programme. Heureusement, une solide fondation est en place.

« J’espère que le programme est assez solide et a assez d’élan pour continuer à avancer », souhaite Mme Todd.

Elle espère créer un « espace sûr où les jeunes autochtones peuvent parler librement avec des personnes qui comprennent leur culture ».

Mme Todd souhaite que les élèves puissent développer leur esprit critique et analytique dans des activités créatives et pratiques, tout en intégrant leur héritage culturel.

« Madeson a une vision de l’éducation comme étant accessible à tous, mais respectant et reconnaissant aussi l’histoire culturelle autochtone », affirme Mme Woodward.

Quand aptitudes artistiques et scientifiques se réunissent

D’où vient l’approche à la sensibilisation de Madeson? Elle dit que sa propre éducation lui a montré à être innovatrice en développant des activités. « Avec ma mère coach de vie et mon père ingénieur, j’ai grandi en exerçant ma créativité et mon esprit critique, des compétences qu’a nourries mon éducation. On m’a poussé à penser de manière indépendante et créative, de même qu’à jumeler mes aptitudes artistiques et scientifiques. J’applique ces compétences quand je participe à des activités, et quand je les organise. »

Ses expériences avec le programme Sensibilisation Parlons sciences, comme bénévole et comme éudiante à l’université ont permis à Madeson d’améliorer sa compréhension et son approche en enseignement.

« Mes études en science se concentrent sur la fonction du cerveau. J’ai appris comment différents cerveaux sont réceptifs à différents styles d’apprentissage. Un étudiant ou une étudiante peut être plus réceptif à l’apprentissage verbal, alors que d’autres préfèrent des présentations visuelles. Être curieuse et ouverte d’esprit avec mon auditoire m’aide à trouver des façons créatives de partager l’information. De plus, mon implication dans la communauté autochtone m’a fait réaliser que je dois partager la connaissance en incluant les traditions de mon public, pour qu’il puisse s’identifier à une expérience unique. »

Les efforts de Mme Todd ne sont pas passés inaperçus. « Madeson est précisément le type d’étudiante qui caractérise le succès autochtone sur le campus », affirme Joel Liman, conseiller principal et recruteur – corps étudiant autochtone à la Faculté des sciences de l’UCB.

Mme Woodward a elle aussi été impressionnée. « Madeson a démontré du leadership, de la détermination et du dévouement chez Parlons sciences, bien au-delà de n’importe quel(le) autre bénévole avec qui j’ai travaillé depuis sept ans comme bénévole et coordonnatrice Parlons sciences », confie-t-elle.

« Somme toute, je crois que Madeson incarne la mission de Parlons sciences : encourager les jeunes en STIM et éliminer les obstacles à l’éducation postsecondaire avec une programmation amusante, stimulante et pertinente », résume Mme Woodward.

Madeson Todd at computer

Accès équitable aux STIM

Le programme que Mme Todd prévoit cadre parfaitement avec l’engagement de Parlons sciences envers un accès équitable aux STIM et à ses programmes pour les jeunes du Canada.

Parlons sciences collabore avec les communautés autochtones depuis 1994. Ayant effectué des recherches sur les obstacles pour accéder aux domaines des STIM, Parlons sciences sait à quel point il est important pour les jeunes élèves de se voir représentés dans ces domaines.

La stratégie de sensibilisation des jeunes de l’organisme est d’ailleurs guidée par le Comité consultatif national sur les Autochtones. Parlons sciences offre aussi une formation spécialisée à toutes les coordonnatrices et à tous les coordonnateurs de site de même qu’aux bénévoles qui travaillent dans les communautés autochtones.

En 2019, Parlons sciences a lancé un nouveau programme de formation, guidé par les Appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Ce programme vise à aider notre personnel et nos bénévoles à augmenter leur niveau de connaissance et de compréhension de l’histoire, de la vision du monde et des perspectives autochtones.

« Parlons sciences a été d’un soutien incroyable », conclut Mme Todd qui entreprend maintenant une maîtrise en technologie biomédicale à l’Université de Calgary.